dimanche 1 janvier 2012

Potiron en excursion #4

Chers Amis du Potager,

Alors, les restos, c'est sympa, certes, mais en attendant, on va où ? 


LE LINK :

Parce que les chatonnes ne font pas que laper tranquillement une soucoupe de lait, je vous recommande vivement le Link, bar de l’hôtel Sofitel.

Alors, oui, bon, le Sofitel, DSK, toussa, toussa. Mais là, on n’est pas à New York et le Sofitel strasbourgeois (qui a accueilli Nicolas Sarkozy pendant le sommet du G20 et de l’OTAN en 2010, comme quoi…) n’a pas une aussi sulfureuse réputation. Il faut dire aussi que les palaces ne se bousculent pas dans la capitale alsacienne, on fait ce qu’on peut. Bref.

Tout ça pour dire que, dans une ambiance design et cosy, le barman du Link vous servira des cocktails originaux, accompagnés de quelques petites choses à grignoter (attention : si vous avez fréquenté le bar du Crillon dans les semaines précédentes, par comparaison, le Link vous paraîtra un chouia pingre) : quelques noix de cajou grillées au curry, 4 tomates cerises, 2 tranches de jambon sec, 5 olives, 2 cornichons, et 6 mini-gressins à tremper dans une sauce crémeuse au curry (délicieuse, soit dit en passant).

Et avec ça, qu’est-ce qu’on boit ?

Les chatonnes étant des filles sages (ahem…), nous nous sommes concentrées sur les cocktails sans alcool : un Cassiopée, très aromatique et très frais (citron, sauge, cassonade) et un Pégase, plus fruité (ananas). Les deux très bons.

Pour les moins sérieux qui voudraient en savoir plus, la carte alterne les cocktails classiques et les créations originales. Les champagnes (pour les amateurs) sont bien présents (ah… la joie éprouvée quand le bouchon fait « pop ! »…).

Donc, ce n’est pas parce qu’un Sofitel est de sinistre mémoire qu’il faut se priver des autres. Le Link vous permettra de passer un moment fort sympathique (et accessoirement légèrement plus classe que le vin chaud servi dans un gobelet en plastique aux cabanons du marché de noël).

Le Link – Hôtel Sofitel
4, Place Saint-Pierre-le-Jeune 67000 STRASBOURG


AU FOND DU JARDIN :

Le Fond du Jardin est un endroit vraiment spécial.

Spécial pour sa décoration d’abord. Amateurs de design épuré, passez votre chemin. Fred aime la décoration victorienne, alors attendez-vous à des tasses à fleurs, des coussins brodés et des cartes postales chatonnesques. A Noël, il soigne particulièrement les rubans à tartan qui ornent les briques rouges de la (fausse) cheminée, les oursons en peluche, les pommes en bois peintes et les étoiles scintillantes. Cela peut paraître un chouia chargé, mais c’est la marque de la maison, et cela lui confère son charme cosy inégalé. Et malgré les apparences, même les hommes s’y sentent bien.

Peut-être parce qu’on y mange bien. Très bien, même. Pour preuve, les parrains de la maison ont été conquis : Monique Jung (du Crocodile « historique »), Michel Drucker, Michel Jonasz, ou même des personnalités plus rock, comme Nicolas Sirkis et Gaspard Ulliel. Parmi les autres fans, on trouve l’actuel couple présidentiel (Monsieur et Madame ont chacun une madeleine qui leur est dédié, Elysée pour Monsieur, January pour Madame). Même Hillary et Bill Clinton y sont allés de leur carte de vœux.

Pour le Tea Time, on y boit du thé (donc) issus de mélanges exclusivement créés pour la maison, servis en fonction des saisons et aux noms évocateurs. Ou un chocolat préparé à la casserole en cuivre (le « Petit écureuil » et le « Chocolat suisse » sont exquis).

Mais le grand charme de la maison, né du talent de Laurent Renaud, un ancien de chez Roellinger (ça vous place un homme, croyez-moi), ce sont ces succulentes pâtisseries (je tue pour un « Orient Express »), ses cakes moelleux, ses scones authentiques et ses fondantes madeleines du voyage.

Alors, oui, j’entends les râleurs, dans le fond, là : « les madeleines, c’est plan-plan, pis c’est sec, pis j’aime pas Marcel Proust ». C’est pas bientôt fini, non ?

Les madeleines de Laurent sont toutes différentes (une centaine de variétés, sucrées et plus rarement salées), moelleuses et parfumées. Si les accords sont parfois surprenants, leur subtilité me fait fondre de bonheur à chaque fois. Impossible de toutes les détailler, elles vont des plus fleuries aux plus herbacées, des plus fruitées aux plus épicées, des plus chocolatées aux plus caramélisées. Et les livraisons sont possibles pour les aficionados éloignés des froidures de l’Est.

Le service est absolument charmant, Fred ne détaillant pas un simple menu, mais racontant à chaque fois une histoire, poétique et envoûtante, conseille avec intelligence, partage avec passion son amour pour les bons produits.

C’est un petit moment hors du temps, indescriptible, où le calme s’installe, dans les vapeurs ambrées des thés et les effluves parfumés des pâtisseries.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, le dimanche midi, Fred propose un brunch du tonnerre. Et des dîners aux chandelles pour les amoureux (le week-end). Réservation obligatoire pour espérer avoir une placette, car la salle est toute petite et ne compte que peu de tables, pour garantir la qualité du service. C’est plus simple l’été, car devant la vitrine s’étend une petite terrasse ombragée et fleurie.

Pour les amoureux de déco victorienne, la partie avant de la salle (où vous pourrez acheter les madeleines du jour, à emporter) dispose d’un petit point de vente, où vous trouverez les thés en vrac servi au salon, des cartes postales victoriennes, des bougies parfumées, des miels et confitures (entre autres). 

6 rue de la Râpe 67000 Strasbourg. Tél. : 03.88.24.50.06

Mademoiselle Potiron

Potiron en excursion #3

Chers Amis du Potager,

Lorsque le Gang des Chatonnes fait sa tournée à Strasbourg, il est raisonnable de penser que les délicates vont devoir se restaurer. Revue de détail culinaire.

CHEZ YVONNE :

Faut-il encore présenter cette winstub strasbourgeoise, dont la tête de veau fit les délices d’un ancien président de la république ?

Située entre Cathédrale et place Broglie (deux hauts lieux du marché de noël local), cette ancestrale maison (1873 tout de même) sert une cuisine traditionnelle alsacienne de qualité, dans un décor typique (le bâtiment date, lui, de 1740). Yvonne Haller, qui s’y est installée en 1955, a depuis pris une retraite méritée, mais la winstub fait toujours recette.

Si les salles du rez-de-chaussée sont un peu encombrées, les salons des étages sont plus calmes, et vous permettent d’admirer la collection de photographies dédicacées des grands de ce monde ayant aimé le feuilleté au munster et la langue de veau sauce gribiche (les trombines sont exposées dans les escaliers, attention à ne pas vous casser la figure en tentant d’apercevoir les pipeules).

La Gang des Chatonnes avait donc réservé une petite table sympathique dans la bibliothèque (un des petits salons du deuxième étage, orné d’étagères et de vitrines où certains ouvrages sont – presque – aussi vieux que la maison, ou du moins aussi vieux qu’Yvonne).

Niveau cuisine, la tradition alsacienne, roborative, est respectée : épaisse tranche de presskopf de porcelet au riesling, choucroute garnie bien garnie, grassouillet coq au riesling, rondouillard jambonneau, filet de sandre, pommes de terre sautées à foison et spaëtzles généreuses. Le tout arrosé, comme il se doit, de vins locaux plutôt goûtus.

Même si nous n’avons pas pu goûter à tout, le petit échantillon dégusté laisse entrevoir, au-delà des portions opulentes, un bon savoir-faire, une cuisine familiale savoureuse et très agréable.

Le service est agréable, rapide et à la bonne franquette, même si certains choix d’une chatonne l’ont laissé perplexe…

10, rue du Sanglier 67000 Strasbourg. Tél. : 03.88.32.84.15 (ai-je besoin de préciser qu’une réservation préalable est vivement conseillée en temps normal et quasi-imposée en période de marché de noël ?)


AU CROCODILE :

Attention, voici une institution !

Le Crocodile, anciennement tenu par Emile Jung qui lui a procuré ses lettres de noblesse et ses 3 étoiles Michelin, est aujourd’hui dirigé par Philippe Bohrer. Un seul macaron, pour l’instant, Bibendum est prudent.

En ce qui me concerne, la soirée au Croco fut un grand moment. Le maître d’hôtel et le sommelier ont été très attentionnés (il faut dire qu’ils connaissent ma co-chatonne depuis qu’elle est haute comme ça, ça aide sans doute à attendrir le personnel). La serveuse, elle, était non seulement sèche, mais a servi la sauce avec la délicatesse d’un phacochère (adieu assiette impeccable et sans bavure). Grâces soient rendues à Tolkien, nous ne l’avons endurée que pendant la première partie du repas.

En ce qui concerne la nourriture, il est curieux de constater que, malgré un repas particulièrement excellent, il débute et finit avec un produit plutôt moyen : une guimauve aux arachides en entrée (assez insipide) et une guimauve à la truffe en dessert (surprenant, et pas forcément dans le bon sens du terme : imaginez donc une poêlée de champignons sucrée. On fait moins les malins, là… Ceci dit, pour ne pas dire que du mal des guimauves, celle au coquelicot est un régal). Entre les deux, une pure merveille.

La cuisine est classique, mais revisite avec talent les spécialités locales (j’ignore ce qu’est une choucroute virtuelle, mais le cappuccino de choucroute virtuelle est à tomber). Le sandre était adorablement fondant (malgré, comme l’a relevé ma co-chatonne, une sauce au verjus trop forte en goût pour accompagner sa délicatesse, enfin surtout trop présente grâce à la serveuse phacochère), la viande bien cuite, les divers amuse-bouches très intéressants.

Le service est rapide, sans attente interminable entre les plats, sans être oppressant (pas de « hop, hop, finis ta soupe ! »), discret et efficace (hormis la serveuse phacochère, donc, pour ceux qui suivent).

Les vins, choisis avec soin par Monsieur Gilbert le sommelier, furent tout simplement divins, même pour une chatonne comme moi qui ne taquine pas trop la dive bouteille. L’acolyte de Monsieur Gilbert m’a tout fait goûter (moi qui n’y connais rien) et a su écouter mes remarques de profane. De très beaux échanges. Et un Nuits-Saint-Georges 1972 qui déchirait sa race, si vous me passez l’expression (et plus vieux que les chatonnes !). Sans parler de la sélection de grains nobles. J’en couine encore.

Bref, malgré un tarif luxe (les menus du déjeuner sont bien plus abordables), ces trois heures se sont déroulées à merveille, dans un cadre feutré et calme (les tables sont suffisamment éloignées pour ne pas avoir l’impression de dîner sur les genoux du voisin), sous le regard bienveillant (si, si !) du crocodile empaillé suspendu à l’entrée de la salle.

10, rue de l’Outre 67000 Strasbourg. Tél. : 03.88.32.13.02

Keigo Higashino, La Maison où je suis mort autrefois

Chers Amis du Potager,

Post dédié à la Nectarine, qui se reconnaîtra et qui a peur de s’ennuyer avec la littérature japonaise.

Le narrateur de cet élégant roman policier reçoit un coup de téléphone de Sayaka, son ex-petite amie, revue lors d’une réunion d’anciens étudiants. Elle lui propose un rendez-vous dans un café, où elle lui montre deux objets retrouvés dans le sac à dos de son père, mort récemment : le plan dessiné d’une maison dans les bois, et une clé à tête de lion.

Sayaka espère que ces éléments peuvent l’aider à se rappeler. Car elle n’a aucun souvenir de sa petite enfance, et même ses albums de photos débutent avec son entrée à l’école primaire. Ce manque n’est pas sans répercussions sur la vie actuelle de Sayaka.

Elle tente donc de persuader le narrateur de l’accompagner à la recherche de cette maison. Ce dernier s’apprête à refuser quand il aperçoit les marques sur les poignets de Sayaka, révélatrices de son profond malaise.

Les voilà donc partis, un samedi matin, pour découvrir cette maison indiquée sur le plan, par laquelle on entre par le sous-sol, grâce à la clé à tête de lion.

Très vite, l’incongruité de la situation les frappe : maison désertée depuis des lustres, mais dont le réfrigérateur contient des conserves récentes, de la poussière (mais pas tant que cela), des objets abandonnés par leurs propriétaires, comme jetés là avant un départ précipité, la porte d’entrée boulonnée, toutes les pendules, horloges et autres réveils affichant 11h10.

En un week-end, avec pour seuls indices ceux que la maison veut bien leur laisser, le narrateur et Sayaka remontent peu à peu le fil des événements, et tentent de comprendre le pourquoi de cette maison si étrange, et si elle a réellement un lien avec Sayaka.

Ce roman policier est une vraie bonne découverte. Un coup de cœur.

A partir d’un huis-clos tripartite (le narrateur, Sayaka et la maison), l’auteur déroule lentement la vie de ces anciens habitants, fantômes que l’on voit déambuler dans les obscures pièces désertées. L’ambiance est à la fois glaçante et étouffante, hantée par le souvenir de Yusuke, petit garçon qui vivait autrefois dans la maison.

L’intrigue est très bien faite, suffisamment imprévisible pour surprendre.

L’écriture élégante mais efficace de l’auteur sert avec brio deux antihéros un peu dépassés par les événements, mais bien décidés à tirer les choses au clair. Malgré (grâce à) leurs défauts patents, ces derniers accrochent le lecteur, qui ne peut que les suivre dans leur quête.

C’est franchement une réussite, un très bon polar à l’atmosphère « qui va bien », tout en finesse et en intelligence. 

Mademoiselle Potiron
La Maison où je suis mort autrefois (Mukashi bokuga shinda ie), par Keigo HIGASHINO, Babel Noir 1994, 254 pages, 7,50 euros

C.J. Cherryh, Hestia

Chers Amis du Potager,

Hestia est une planète lointaine, accessible après un voyage de sept ans à bord d’un vaisseau galactique. Couverte de forêts denses, sa misérable colonie, qui s’est installée à New Esperance, n’est composée que de paysans et d’ivrognes. Il faut dire que le climat n’est pas favorable. Des crues régulières et dévastatrices anéantissent toute tentative de développement, à supposer que les Hestians souhaitassent se développer, ce qui est un autre problème.

Sam Merritt, ingénieur, a débarqué sur la planète pour y construire un barrage qui devrait réguler les caprices du fleuve. Mais à peine arrivé, son collègue Don laisse entendre que le barrage ne changera rien, parce que les Hestians sont, en substance, des abrutis. Ils décident donc de rembarquer au plus vite à bord de l’Adam Jones.

Mais le gouverneur Lee, ayant vent de l’affaire, retient Sam, et l’oblige à mener à bien la mission pour laquelle il a débarqué sur Hestia : construire le fameux barrage.

Sam remonte donc la rivière, sur la Celestine, menée par Amos et Jim Selby, pour s’installer dans la ferme fortifiée des Burns, qui sera le camp de base des travaux.

Pourquoi une ferme fortifiée ? Parce qu’en plus d’une météo pourrie, Hestia abrite les « Autres », population locale jamais entrevue, malgré les battues, mais dont les traces sont visibles autour des fermes : longues empreintes de pied, bétail égorgé, granges enflammées. Les « Autres » n’aiment pas que l’on détruise les arbres. Or, les colons doivent défricher pour leurs troupeaux et leurs cultures.

Sans vouloir trop déflorer le sujet, sachez simplement que les deux peuples vont finir par se rencontrer, à la faveur du dynamitage d’une falaise, que les Autres sont d’étranges créatures félines assez proches des humains et que leurs destins respectifs vont basculer (n’importe quelle 4e de couv’ sera trop bavarde à mon goût).

Hestia est donc un roman de science-fiction, présentant l’avantage de mettre en scène des colons qui ont sérieusement régressés technologiquement. Aucune nécessité, donc, pour la romancière, d’imaginer des fusils à plasma et des propulseurs ioniques. L’ambiance est plus proche de la petite maison dans la prairie que de Battlestar Galactica. Cela évite le côté parfois trop artificiel propre à l’anticipation (parce qu’on anticipe toujours à côté de la plaque).

Les thèmes abordés sont assez classiques (la lutte pour survivre, l’apprentissage de la cohabitation, l’amour, la haine). Malgré une intrigue elle aussi assez prévisible, le cours de l’histoire est très agréable, car émaillé de petits ou grands événements qui maintiennent l’attention du lecteur. On ressent particulièrement l’urgence à construire le barrage pour les Hestians, et les réticences de Sam, qui craint qu’un ouvrage bâclé ne provoque une catastrophe pire encore que les inondations annoncées.

Cet agrément vient aussi, pour beaucoup, des personnages, bourrus mais attachants, de la beauté sauvage d’Hestia, et du rythme d’écriture, alternant descriptions (assez poétiques) et dialogues percutants.

D’un certain point de vue, j’y ai trouvé des échos à l’Avatar de James Cameron, notamment dans la situation « géopolitique » d’Hestia, et dans certains personnages secondaires.

Alors voilà. Ce n’est peut-être pas le roman le plus original de l’année (sans doute l’était-il davantage en 1979, date de sa sortie initiale), mais c’est néanmoins un récit très agréable, à lire avec plaisir.

Mademoiselle Potiron
Hestia, par Carolyn Janice CHERRYH, J'ai Lu Science-Fiction 1979, 255 pages