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mercredi 29 août 2012

Ivy Compton-Burnett et Dorothy L. Sayers (a cup of tea, my dear?)


Chers Amis du Potager,

Pour la bonne bouche, voici quelques vieilles Anglaises. Parce qu’on a toujours besoin d’un soupçon de british touch.

Tout d’abord, l’Excellence de nos aînés (oui, je sais, le titre est affreux, on dirait un nom de maison de retraite), par Ivy Compton Burnett, est un roman psychologique qui dissimule, sous son élégance de ton, une satire sociale des plus virulentes.

Deux familles, les Donne et les Calderon, deviennent voisines. Le patriarche Benjamin Donne a en effet souhaité se rapprocher de ses sœurs Sukey, malade du cœur, et la douce Jessica. Le voilà donc qui emménage avec enfants, cousine et domestiques. C’est précisément le décès de tante Sukey qui va précipiter le drame entre les deux familles, laissant percer les caractères les plus vils et les plus abjects.

Composé presqu’exclusivement de dialogue, c’est à travers eux qu’Ivy Compton Burnett dévoile avec maestria les bassesses de ses personnages, dont les paroles et les contradictions révèlent les traits de caractère. Cruauté, vanité, bêtise, avarice, inconsistance transpirent à travers les belles paroles et les attitudes compassées de la bonne société. C’est si bien rendu qu’on en arrive au dégoût de ces monstres du quotidien, prêts à tout et n’hésitant pas à piétiner leurs victimes.

Et les plus odieux ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Un roman terrifiant (dans le bon sens du terme), réalisé avec un art consommé du dialogue, et parfaitement maîtrisé. Un fort bel ouvrage, foi de Potiron !

Dans un genre tout à fait différent, Dorothy Sayers, dans la tradition inaugurée par les Agatha Christie et Margery Allingham, nous présente son détective à elle, Lord Peter Wimsey. A mi-chemin entre Bertie Campion (pour l’intelligence et les fréquentations) et Bertie Wooster (pour le côté célibataire à majordome distingué et à parentèle femelle encombrante), Lord Peter collectionne les livres rares et s’adonne, pour son loisir, à l’art de l’investigation policière.

Pendant que son ami l’inspecteur Parker enquête sur la disparition mystérieuse du riche Reuben Levy, Peter vient à la rescousse de Monsieur Thipps, brave homme qui au retour d’une soirée arrosée découvre dans sa baignoire le cadavre d’un inconnu, nu comme un ver à l’exception d’un pince-nez en or. Ce qui a de quoi déstabiliser l'Anglais le plus flegmatique, vous en conviendrez.

Après s’être assuré que le cadavre en question n’est pas celui du sieur Levy, Lord Peter et Parker décident de collaborer dans leurs enquêtes respectives, partant du principe qu’un œil neuf est parfois utile.

Je n’en dirai pas davantage sur l’intrigue en tant que telle, très adroite, pour me concentrer sur notre héros bondissant. Tout comme les deux Bertie précédemment cités, Peter est un brave garçon, intelligent et léger, qui admet volontiers pratiquer à titre d’amateur et non pas, comme le pauvre Parker, pour gagner sa vie. D’où une certaine nonchalance décomplexée qui lui est parfois utile.

Bref, c’est plein de charme et d’humour, et Dorothy Sayers prouve qu’elle ne dépareille pas dans la collection des grandes dames du crime qui ont fleuri dans la première moitié du XXe siècle.

Mademoiselle Potiron

L'excellence de nos aînés (Elders and Betters), par Ivy COMPTON BURNETT, Phébus, 336 pages, 24 euros
Whose Body?, par Dorothy Leigh SAYERS, NEL

vendredi 6 avril 2012

Joseph Conrad, Heart of Darkness

Chers Amis du Potager,

Voici un court roman (ou une longue nouvelle, c’est selon, les Anglo-Saxons appellent ce format une novella) qui a mariné dans ma PAL pendant un certain temps. Il faut dire que, s’agissant d’une édition populaire du Pingouin, la taille de police est minuscule, et que, s’agissant d’un roman de Joseph Conrad, je m’attendais à tout un tas de termes de marine auquel que je ne comprendrais rien. Cela dit, comme c’est le Pingouin pour les pingres, ce poche est ridiculement fin et se glisse facilement dans un sac à main. D’où son extraction du néant PAL-esque.

Premières pages lues, pour essayer. Et là, comme un envoûtement. La langue employée par Conrad, qui n’était pas anglophone de naissance, m’a séduite par sa poésie et sa précision (que l’on peut retrouver chez Nabokov, par exemple).

Le narrateur et quatre amis prennent le frais sur le pont d’un bateau ancré dans l’estuaire de la Tamise, alors que la nuit tombe doucement. L’un d’eux, Marlow, qui croise encore, prend prétexte de ce paysage pour évoquer l’angoisse que la placide rivière britannique a dû inspirer aux Romains qui envahirent l’île, alors empreinte de la sauvagerie de ses premiers habitants, une sauvagerie qui la plongeait au cœur des ténèbres.

Marlow se souvient alors d’un voyage que lui-même fit en Afrique Noire, le long d’un fleuve (peut-être le Congo), dans une région qui était une terra incognita de son enfance, grâce à l’influence d’une tantine (les jeunes hommes ne se méfient jamais assez de leurs tantes ; pour plus d’explication sur cette philosophie de la vie, demandez à Bertie Wooster).

A mesure que son bateau remonte le cours du fleuve, au sein d’une jungle hostile, Marlow s’enfonce peu à peu vers une région où, non seulement la nature, mais plus encore les hommes sont corrompus par la solitude, le pouvoir et la peur. Souvent, on lui parle de son but, la station de Kurtz, le plus grand pourvoyeur d’ivoire de toute la compagnie, qui inspire une envie mêlée de crainte aux autres occidentaux.

La rencontre n’interviendra que tardivement dans le récit, mais, tout au long du texte, Marlow s’est senti proche de Kurtz, qu’il défend sans même l’avoir vu, simplement parce que l’antipathie qu’il inspire aux hommes des stations répond à l’antipathie que ces derniers inspirent à Marlow.

Un roman dense, donc, puissant, qui n’est pas sans faire écho à la folie de l’Homme qui voulu être roi, de Kipling (j’aime bien Kipling aussi, d’une manière générale).

Certains critiques lui ont reproché son racisme. Il est vrai que les Noirs entourant Marlow sont des caricatures (cannibales, vêtus d’oripeaux qui n’ont qu’aucune valeur culturelle pour Marlow, battus et gémissants sur leurs blessures). Une vision un chouia colonialiste, donc. Néanmoins, lorsque son « matelot » indigène est tué lors de l’attaque de son bateau, Marlow éprouve une tristesse qu’il n’aurait pas forcément éprouvé pour un Blanc.

En réalité, de mon point de vue, si Marlow est sans doute raciste (l’époque n’était pas non plus très favorable à l’amour fraternel entre les peuples), je crois surtout qu’il souffre davantage d’une misanthropie générale, qu’au cœur des ténèbres, Marlow se sent si seul qu’il est coupé du reste de l’humanité (des occidentaux par les points de vue intellectuels, et des indigènes par le racisme si l’on veut). En réalité, dans cette équipée désespérée, Marlow n’aime personne. Même son sentiment vis-à-vis de Kurtz est ambivalent.

Toujours d’après moi, cela ne devrait pas faire renoncer le lecteur de cette aventure sombre où l’âme humaine se dévoile. Et rien n’interdit de prendre ses distances avec son image de l’Afrique. 

Mademoiselle Potiron 

Heart of Darkness, par Joseph CONRAD, Penguin Popular Classics, environ 2€

vendredi 2 septembre 2011

Janet Evanovitch, One for the Money

Chers Amis du Potager,

Que faire lorsque l’on n’a plus un rond en poche, que votre voiture vient d’être reprise pour défaut de paiement et qu’on vous refile en échange un tas de boue, que vous n’avez plus de meubles à mettre en gage pour payer le téléphone et que vous avez un hamster (Rex) à nourrir ?

Pour achever de planter le décor, ajouter une mère qui redoute plus que tout le célibat (pour vous) et est donc prête à organiser des dîners surprises avec vos anciens camarades d’école primaire, pour raviver la flamme (la traîtresse) et une grand-mère légèrement azimutée et du genre à mettre les deux pieds dans le plat (au sens figuré, hein !). Le tout à Trenton, New Jersey, ville au glamour discret (très discret. Infinitésimal).

Voilà, grosso modo, la situation dans laquelle se retrouve Stephanie Plum.

Sa famille n’étant pas composée que de foldingues, Steph se tourne vers son cousin Vinnie, qui gère une agence de chasseurs de prime, où elle postule vaillamment. Son expérience de vendeuse de lingerie ne rassurant pas follement ledit cousin, elle réussit malgré tout à arracher quelques contrats, visant le mirobolant contrat qui pèse sur la tête de Joe Morelli, contrat qui lui permettrait de racheter une vraie voiture et pas une épave asthmatique qui injurie chaque matin le protocole de Kyoto.

Gnark, gnark. Morelli. Le beau gosse, un peu bad boy qui avait autrefois broyé le petit cœur tout mou de Stephanie, et qu’elle avait ensuite tenté d’écraser (« mais voyons, c’était un accident ») avec une Buick. Aujourd’hui flic déclassé par une réputation de ripou. L’occasion ou jamais de lui faire payer. Gnark, gnark (je l’ai déjà dit, non ?).

Voilà pour le pitch.

Bon, alors, tout de suite, sans vouloir porter atteinte à la réputation de l’auteur, Janet Evanovitch, ce n’est pas du Balzac. Mais, en même temps, c’est plus drôle que du Balzac. Et plus rythmé. Et plus polar.

Et si la crédibilité en prend un coup, ce n’est pas très grave non plus, ce n’est pas un documentaire réalisé pour la chaîne parlementaire.

Parce que le chic de cette série (qui fait que je me procure régulièrement les tomes suivants), c’est la personnalité attachante de Stephanie, ses gaffes et boulettes, son humour (vu les circonstances, il en faut), ses joutes oratoires (et autres) avec Morelli et Ranger (son collègue chasseur de primes, sexy-man lui aussi, dans le genre hispano), ses prises de qualité (ramener un ivrogne bourré au commissariat, ce n’est pas très difficile, il faut juste prier pour qu’il ne vomisse pas dans la boîte à gants), sa grand-mère (mamie Mazur est du tonnerre), son hamster, sa propension impressionnante à détruire les voitures qui sont confiées à ses mimines, sa naïveté.

Bref, si les intrigues sont parfois assez transparentes, découvrir comment Steph va bien pouvoir se sortir du bourbier dans lequel elle s’est (encore) fourrée, apprécier ses réparties cinglantes (et les abdominaux de Morelli), c’est une façon tout à fait plaisante de passer le temps.

Et c’est moins chiant que Balzac. Pardon (en vrai j’aime bien Balzac, mais disons que les enquêtes de Miss Plum sont plus fantasques, quoi).

Et puis les titres des romans de cette série contiennent tous un chiffre, ce qui permet de les acheter dans l’ordre sans se tromper. Yi-ha !

Miss Pumpkin
One for the Money, par Janet EVANOVITCH, St. Martin's Paperback, 320 pages, environ 5 euros (pour le prix la couverture est assez moche)

mercredi 31 août 2011

Michael Sims, Dracula's Guest : a connoisseur's collection of victorian vampire stories

Chers Amis du Potager, 

Après des vacances (largement méritées) et un an (déjà) de blog, nous voici de retour! Avec du lourd.

On pense généralement que l’histoire des vampires dans la littérature commence avec le Dracula de Bram Stocker pour s’achever avec les vampires luisants de Twilight.

En réalité, Bram Stocker est l’héritier d’une longue tradition de récits vampiriques qui remonte à la fin du XVIIIe siècle. C’est ce que démontre parfaitement cette anthologie, élaborée par Michael Sims pour les éditions Bloomsbury (qui prouvent par là que leur catalogue ne se résume pas à Harry Potter, ce qui est fort heureux), consacrée aux histoires de vampires victoriennes. Victorien est ici à prendre au sens (très) large, puisque l’anthologie aborde aussi bien les œuvres de Lord Byron, que de Théophile Gautier ou Aleksey Tolstoï, le cousin de Léon.

Dès les premières œuvres, les éléments qui vont fonder la mythologie du vampire sont d’ores et déjà présents : pieux dans le cœur, cercueil ouvert au clair de lune, chiens hurlant à la mort et chevaux renâclant (sont moins bêtes que les hommes, tiens), loups-garous, mausolées humides, ossuaires où il fait bon frissonner de froid et de peur, chapelles perdues dans la campagne, majestueuses ruines, prêtres détenteurs du secret de la malédiction, éléments (climatiques) déchaînés, blondes beautés terrorisées (voire évanouies), héros bravant les malédictions agitées par les gens du cru (et devenus niaiseux face à la beauté blonde transformée en vampire, bêlant « je sais bien qu’elle est un vampire mais elle est si bêêêêêlle ». Du neuneu de première catégorie, donc).

Comme quoi, Stephanie Meyer, avec ses vampires lampyres, n’a rien inventé.

Pour ma part, j’ai trouvé la plupart des blondes beautés assez « têtes à claque », et les héros bondissants plutôt crétins. Un rien effraie ces pauvres gentilshommes. Des hypersensibles mous de la chique, quoi. A part le guerrier balafré de la nouvelle « a mysterious stranger », qui fait preuve d’un peu de sang froid et de jugeote, prenant les choses en mains (surtout qu’à la suite d’un coup de sabre d’un janissaire, il est doté d’une charmante main artificielle) lorsque la stupide héroïne romanesque, par sa bêtise, s’est mise dans un guêpier sans nom. Alliant force, fort caractère (le sentimentalisme lui est étranger) et physique ravagé, il aurait sa place au rang des sexy-men.

Ceci dit, si les schémas sont classiques et les personnages conformes aux canons romantiques du XIXe siècle (parce que, bon, je critique la mollesse des mâles, mais les neuneus en question sont raccord avec le paysage littéraire de l'époque), la langue est envoûtante, avec ce style élégant, propre à la littérature victorienne de qualité.

Il faut dire que le casting opéré par Michael Sims est particulièrement brillant, d’autant qu’on y retrouve des auteurs pour lesquels j’ai beaucoup d’affection : M.R. James (M.R., c’est pour Montague Rhodes. Des prénoms pareils, ça vous pose un homme), Mary E. Wilkins Freeman (pour les curieux, le E., c’est pour Eleanor), Mary Elizabeth Braddon,… et Bram Stocker, bien entendu.

Et certaines histoires sortent de l’ordinaire, comme celle de Fitz-James O’Brien, qui nous régale d’une maison hantée par une créature invisible, anticipant H.G. Wells (1859 contre 1897) et signant ainsi l’un des premiers exemples de l’invisibilité humaine en littérature.

Ou encore les aventures Aylmer Vance, Sherlock Holmes du paranormal assisté de son fidèle Dexter, narrateur bâti sur le modèle du docteur Watson. C’est quand même un chouia plus classe que Martin Mystère. Sans rire.

Du classique, donc, mais du bon, du savoureux, de l’exhaustif, à déguster le soir sous la couette avant d’éteindre la lumière.

Faites de beaux rêves.

Miss Pumpkin

PS : Michael Sims publiera, en novembre 2011, toujours chez Bloomsbury, the Dead Witness, a connoisseur's collection of victorian detective stories (d'ores et déjà commandé chez Gentille Libraire)
Dracula's Guest : a connoisseur's collection of victorian vampire stories, par Michael Sims, Bloomsbury 2010, 462 pages

jeudi 2 juin 2011

Penguin's Mini Modern Classics # 3

Chers Amis du Potager,

Le Pingouin est de retour, avec deux nouveaux volumes de sa mini-collection de nouvelles à petit prix.

Tout d'abord, pour les amateurs de frisson et de fantastique, Canon Alberic's Scrap-book, de M.R. James. Au travers de 4 nouvelles, c'est tout le charme du roman hanté victorien qui ressurgit, dans une langue d'autant plus magnifique qu'elle est la base de toute l'angoisse, de toute la tension qui traverse ces courts récits : un tableau dont le dessin varie dans le temps, laissant deviner un drame dont on ne peut qu'être spectateur ; une paisible roseraie où les siestes produisent d'étranges cauchemars ; les stalles d'une cathédrale ornées d'étranges sculptures taillées dans le bois d'un chêne aux pendus ; un livre dissimulant un démon. Avec beaucoup d'élégance, James nous entraîne dans son monde effrayant mais absolument captivant. Un livre à dévorer.

Vladimir Nabokov est l'auteur d'une bibliographie monumentale, et son oeuvre ne saurait se réduire à la sulfureuse Lolita. Pour preuve, les trois courtes nouvelles réunies par le Pingouin. Terra Incognita, qui donne son nom au recueil, nous conte l'effondrement d'un homme en pleine jungle, sous un soleil de plomb, abandonné par ses porteurs, alors qu'une fièvre tropicale le terrasse d'hallucinations. A moins que tout ne soit que faux semblant. Etonnant. Spring in Fialta, c'est l'éternelle rencontre manquée entre Victor, le narrateur, et Nina, qu'il ne cesse de croiser, sans jamais parvenir à la saisir. The Doorbell signe les retrouvailles manquées d'un fils et de sa mère, après des années d'exil. De très beaux textes, écrits dans une langue précise et acérée, propre à ceux qui n'écrivent pas dans leur langue maternelle.

Miss Pumpkin

Canon Alberic's Scrap-book, par MR James, Penguin, 87 pages, 3,90 €
Terra Incognita, par Vladimir Nabokov, Penguin, 69 pages, 3,90 €

dimanche 10 avril 2011

Penguin's Mini Modern Classics # 2

Chers Amis du Potager,

Comme promis, voici la suite des Penguin's Modern Classics. Toujours en mini format, toujours pratique à glisser dans un sac ou une poche, toujours à 3,90 € pièce. Cette fois-ci, nous changeons de continent pour aborder l'Inde et les Etats-Unis. 

A Breath of Lucifer, par R.K. Narayan. Rasipuram Krishnaswami Iyer Narayanswami on comprend pourquoi RK Narayan est plus couramment utilisé, n'est-ce pas?) est né en 1906 à Madras, qui deviendra Chennai, où il est également mort, en 2001. Au cours de ces presque 100 années, il a connu à la fois les Indes anglaises, l'indépendance, le développement économique. 
Dans un style délicieux, sobre et poétique à la fois, qui n'est pas sans rappeler l'autre grand auteur indien qu'est Rabindranath Tagore, il nous conte la vie des petites gens, courtes anecdotes où le destin intervient avec malice. Il y a ce vénérable ascète, perturbé par la présente d'une femme de petite vertu qui loge de l'autre côté de la rue ("House Opposite"), le gardien d'un réservoir qui surprend une jeune fille prête au suicide ("The Watchman"), le marchand de riz, véritable accapareur, qu'un pauvre vient trouver en quête d'une maigre portion qui nourrirait sa famille ("Half a rupee worth"). Et puis la nouvelle, sans doute autobiographique, où Narayan, opéré de la vue, se laisse conduire et guider par un infirmier, Sam, dont il ne verra jamais le visage mais avec qui il vivra une étrange aventure ("A Breath of Lucifer").
Les thèmes, parfois graves, sont abordés avec une écriture élégante et fluide, captivante, mais avec une certaine ironie du sort qui rappelle que nul n'échappe à son karma. En quelques lignes, l'ambiance indienne est parfaitement rendue, avec ses parfums, ses bruits nocturnes, ses coutumes, ses marchés, ses saveurs. Un délice.

The Sexes, par Dorothy Parker. 5 courtes nouvelles dans ce recueil d'une grande dame de la littérature américaine. Là encore, quoique dans un style tout à fait différent, un très bon moment de littérature. Dorothy Parker excelle dans la retranscription des relations hommes-femmes, au travers de dialogue très enlevés, mais où l'incompréhension mutuelle apparaît comme une évidence. Ce sont des contes parfois cruels, sur la désillusion, la jalousie, la difficulté à trouver sa place dans un couple, qu'il s'agisse du couple mari-femme ou du couple mère-fille. Les rencontres ne se déroulent jamais comme on les avait prévues, les portes claquent, l'oscillation permanente entre espoir et désespoir atteint une sorte de point d'équilibre parfait. 
Et il y a cette étrange petite pépite ("the Little Hours"), où la narratrice, réveillée à 4h20, laisse ses pensées vagabonder, s'en prend à La Rochefoucauld, s'agace de cet éveil inopiné, mais avec un humour qui m'a profondément séduite.

Voilà pourquoi cette minuscule édition du Pingouin est une merveille : pour une somme modique, on part à la découverte d'auteurs nouveaux, qu'on n'aurait pas forcément osé aborder "en vrai", mais dont l'oeuvre toute entière se révèle bientôt indispensable. Ce qui ne va pas arranger le situation de ma PAL... 

Miss Pumpkin

mardi 29 mars 2011

Elizabeth Peters, The Curse of the Pharaohs

Chers Amis du Potager,

Où l'on retrouve Amelia Peabody et Emerson, mariés, parents d'un petit Ramsès (surdoué affublé de difficultés d'élocution et du caractère placide de ses parents... Ahem...), s'ennuyant en Angleterre.

Jusqu'au jour où débarque la minaudante Lady Baskerville (avec un tel nom...), récente veuve de Lord Baskerville, lequel est malencontreusement décédé d'une petite blessure à la main faite en ouvrant le tombeau d'un pharaon. Sur le modèle malédiction de Toutankhamon, son assistant disparaît, les accidents s'abattent sur l'expédition telles les grenouilles sur Yul Brunner dans les 10 commandements. D'où la Lady aux abois qui se précipite sur son cher Radcliffe en papillonnant à qui mieux mieux pour qu'il prenne la suite du défunt Lord dans l'expédition. A la plus grande joie d'Amelia (re-ahem...).

Inutile de dire que notre couple d'aventuriers va sauter sur l'occasion de retourner en Egypte (la perspective de clouer le bec à Lady Baskerville ayant une part dans la motivation d'Amelia). Outre les fouilles, ils seront confrontés à un tas d'énigmes : la mort de Lord Baskerville est-elle naturelle? Où a donc pu disparaître son assistant Alan Armadale? Qui est la mystérieuse dame en blanc qui hante le campement?

On retrouve bien entendu l'humour propre à Amelia, son énergie, dans une ambiance très proche de Meurtre en Mésopotamie, d'Agatha Christie. Et la scène où Emerson se livre à un spectacle de prestidigitation, assisté par une petite chatte, est tout simplement hilarante.

Une excellente référence. La série se poursuit sur les chapeaux de roue. Vivement la suite.

Miss Pumpkin

The Curse of the Pharaohs, par Elizabeth PETERS, Robinson 312 pages, environ 12 euros.

lundi 28 mars 2011

Penguin's Mini Modern Classics # 1

Chers Amis du Potager,

Je sais que je commence à faire un fixation sur le Pingouin, mais il faut dire aussi, qu'il fait tout pour cela. Pour fêter les 50 ans de sa collection Modern Classics, le Pingouin a édité 50 petits ouvrages, présentant chacun un recueil de nouvelles ou une nouvelle plus longue d'auteurs modernes de son catalogue, mais de grande classe. Le prix étant plus qu'attractif (3,90 euros pièce), le mini-format étant ultra pratique pour la lectrice compulsive que je suis, qui ne se déplace pas sans une portion importante de sa PAL dans son sac à main. Bref, j'ai fait une razzia, chez ma gentille libraire.

Première fournée, donc, de ces petits ouvrages forts sympathiques.

- La Grosse Fifi, de Jean Rhys. Romancière anglaise née à la Dominique en 1890, Jean Rhys est surtout célèbre pour la Prisonnière des Sargasses, roman qui met en scène la première femme de Rochester, son enfance aux Caraïbes, puis son mariage avec le héros de Jane Eyre. Un "prequel" paru des décennies après l'original.
Dans ce petit recueil, Jean Rhys met en scène la société Bohême des années folles, ses excès, sa fuite en avant, et son désenchantement. Le milieu des artistes, des grisettes, des danseuses est parfaitement rendu, dans sa gaîté et sa cruauté. L'alcool coule à flot. Lu juste avant Le soleil se lève aussi d'Hemingway, auquel ce recueil fait parfaitement écho. Un régal.

- 'They', de Rudyard Kipling. Kipling ne se présente plus. Un de mes auteurs favoris, pour son sens de l'humour et de l'aventure (ses Simples contes des collines auraient également pu figurer dans mon top five).
Ici, trois nouvelles : deux sur les femmes ayant dont les garçons ont été emportés par la grande guerre, par forcément des mères, mais des nounous, des tantes, dont le sens maternel face au désastre se traduit par une dureté face à l'ennemi tombé, et aux souvenirs, ou une recherche aimante du disparu. La troisième nouvelle, qui donne son titre au recueil, est une nouvelle fantastique, où des enfants fantômes hantent la campagne anglaise.

- The Crime wave at Blandings, de P.G. Wodehouse. Wodehouse est pour moi un des maîtres de l'humour anglais, avec Jerome K. Jerome et Saki. Ses romans mettant en scène Jeeves et Bertram Wooster devraient être remboursés par la Sécurité Sociale. Les intrigues bondissantes, avec vieux lords fallots, tantes tonitruantes, jeunes filles modernes (c'est à dire avec un sacré caractère), jeunes hommes affublés de passions étranges (les tritons, par exemple), sont basées autour d'histoires d'amour contrariées où les mâles cèdent plus que souvent face aux exubérantes femelles, où Bertie se met immanquablement dans un pétrin sans fin dont Jeeves, le génial Jeeves, le sort toujours. 
Sur des thèmes semblable, la vague criminelle qui frappe Blandings met aux prises Lord Emsworth, placide et effacé, avec sa soeur tyrannique, un secrétaire qu'il déteste, son garnement de petit-fils, et sa nièce bien décidée à épouser qui elle entend. Ajouter un pistolet à air comprimé, et vous aurez une folle après-midi dans le Shropshire. C'est drôle, c'est bien écrit, c'est enlevé. J'adore. 

Et bientôt la suite des merveilles du Pingouin!

Miss Pumpkin

vendredi 25 février 2011

Art Spiegelman, The Complete Maus

Chers Amis du Potager,

Récemment honoré au très prestigieux festival d'Angoulême, qui lui a décerné le Grand Prix de la Ville... d'Angoulême (bravo à ceux qui suivent), Art Spiegelman avait déjà été récompensé d'un Pulitzer spécial en 1992. Pour Maus, précisément. C'est dire s'il s'agit d'un monument. 

Plus qu'une simple BD, Maus est un roman graphique, qui raconte l'histoire de Vladek, père du narrateur (transparent, c'est Spiegelman lui-même), à visage de souris, de sa rencontre avec Anja, sa future femme, dans la Pologne des années 30, jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale.  Le tout est émaillé d'incursion contemporaines, le vieux Vladek racontant à son fils ses souvenirs.

S'il s'agit d'un portrait du paternel (avec ses qualités et surtout ses travers, dont une avarice crasse), Maus est surtout l'évocation de l'antisémitisme nazi et de ses conséquences sur la vie des petites souris juives. Parce que les personnages sont figurés sous la forme d'animaux (cochons polonais, chats allemands, chiens américains) qui ne sont finalement que des masques, ainsi qu'il apparaît clairement au début du tome 2, où Art-narrateur-auteur s'interroge sur la finalité de son oeuvre, sa culpabilité et ses doutes.

Et il y a la shoah, traitée malgré tout avec délicatesse.

Parce que c'est cela, le thème principal : les camps de concentration, leur quotidien, les persécutions, et comment Vladek, obstiné et débrouillard, parviendra à y survivre (de là sans doute sa radinerie légendaire).

Si le sujet n'a rien de spécialement réjouissant a priori (pas de pantalonnade à la Roberto Benigni dans l'Auschwitz de Spiegelman), l'intermédiaire des animaux apporte une distanciation qui dénonce, bien entendu, témoigne, mais rend tolérable l'insupportable. Non dans son essence, mais dans sa représentation. On ne ferme pas les yeux devant les corps de petites souris entassés dans les fosses comme on aurait pu le faire avec de "vrais" corps, par dégoût ou désespoir.

Et c'est sans doute la grande force de Maus, qui sous ses airs d'arche de Noé infernale, décrit l'indescriptible et le rend visible.

Un récit poignant, donc, humain (terriblement humain, devrais-je dire) de petites souris prises au piège d'un monstrueux matou.

Art Spiegelman a bien mérité ses prix.

Lisez-le. 

Please.

Miss Pumpkin

PS : A l'ombre des tours mortes est dans ma LAL, bientôt dans ma PAL

The Complete Maus, par Art Spiegelman, Penguin Books 296 pages, 23,90 euros

samedi 22 janvier 2011

Laura Levine, This pen for hire

Chers Amis du Potager,

Oui, je sais la couverture est rose. Shame on me. Mais comme l'a justement fait remarquer ma gentille libraire, il y a quand même une tête de mort dessinée dans la buée du miroir... Ma libraire est merveilleuse...

Pour en revenir à l'ouvrage, il s'agit du premier volume des aventures de Jaine Austen (her "mother is an anglophile, and a bad speller"), écrivain public à la vie sexuelle de panda, à qui Howard Murdoch, un beau jour d'hiver, demande de rédiger une lettre d'amour pour Stacy, sa prof de gym au physique parfait (il faut dire que Howard, qui vit encore chez môman, est loin d'être un Apollon). Et là, miracle, la lettre fait son petit effet, Howard obtient un rencard avec Stacy. Laquelle se fait assassiner et Howard finit au trou, la police étant convaincue de détenir son coupable. 

Oui, mais voilà, Jaine, ses cuisses replètes, son Prozac de chat et sa passion pour les gâteaux au chocolat, se met en tête que, non, vraiment, Howie ne peut pas avoir fait ça. Et se lance à la chasse au meurtrier.

Alors oui, l'enquête, au demeurant sympathique, est assez prévisible, mais il s'agit sans doute d'un alibi pour laisser libre court à l'humour ravageur de Jaine. Parce que c'est un polar où l'on rigole franchement. C'est d'ailleurs sa plus grande qualité, notre écrivaine-détective faisant profession d'auto-dérision. Et j'adore son chat, véritable estomac recouvert de fourrure.

La seule chose qui m'a un peu agacée, ce sont les références permanentes à des marques diverses et variées. En même temps, dans la vraie vie, on commande rarement un soda au cola sans sucre. On commande un coca light (r). 

Bref, il est fort probable que je me lance dans la suite des aventures de cette chère Jaine.

Miss Pumpkin

This Pen for Hire, par Laura Levine, Kensington books, 218 pages, 5,90 euros

W. B. Yeats, The Celtic Twilight

Chers Amis du Potager,

The Celtic Twilight n'a rien à voir avec les vampires qui envahissent notre monde depuis quelques temps. Quoique le fantastique n'en soit pas absent, loin de là.

Ce recueil d'histoires, contes, mini-nouvelles a pour thème le folklore irlandais et les créatures qui l'animent : fantômes, fées, gnomes, trolls et autres leprechauns. 

Les talents de conteur de Yeats apparaissent avec évidence, comme son génie pour la poésie. Ces historiettes se dévorent avec un plaisir évident, tant elles sont vives, pleines de suspens, et d'humour.

Tous les amoureux des légendes celtiques y trouveront leur compte. Yeats fait également le lien avec des cultures similaires à la culture irlandaise : celle des Ecossais et celle des Danois (ceux de la grande époque, les vikings, qui ont tenté des incursions dans les îles britanniques et y ont laissé quelques légendes). Il s'agit donc d'un récit très intéressant, au-delà de son aspect purement divertissant.

Miss Pumpkin

The Celtic Twilight, par William Butler Yeats, Dover Publications, 118 pages, 7,50 euros

Mark Twain, The Adventures of Tom Sawyer

Chers Amis du Potager,

Comme chacun sait, Tom Sawyer, c'est l'Amérique, le symbole de la liberté, il est né sur les bords du fleuve Mississippi, Tom Sawyer c'est pour nous tous un ami (en musique et en choeur).

Le dessin animé de mon enfance m'avait laissé de souvenir d'un gentil garnement qui faisait des bêtises et l'école buissonnière, qui se faisait régulièrement punir par tante Polly ou l'instituteur et qui aimait les tresses de Becky Thatcher.

Le roman de Mark Twain est bien plus complexe, plus sombre. Joe l'Indien, notamment, ne m'avait pas laissé le souvenir d'un méchant aussi méchant et les aventures de Tom n'avait pas de relents aussi dramatiques (notamment, je n'avais aucun souvenir de la visite de la grotte ou de la nuit au cimetière, du procès... Des oublis volontaires pour un dessin animé destiné à la jeunesse ou j'ai loupé les bons épisodes?).

Quoiqu'il en soit, l'écriture de Mark Twain est vive (la polémique née de la nouvelle édition qui la "politiquement-correctise" est un vrai scandale : Mark Twain a dit ce qu'il avait à dire, conformément à son époque et c'est tout. Respect pour les auteurs!) et le titre n'est pas volé : il s'agit bien d'aventures, dans la plus pure tradition des romans d'aventures tels l'île au trésor.

De quoi passer un bon moment, mais à déconseiller aux tous petits, malgré sa réputation de livre pour enfants.

Miss Pumpkin

The Adventures of Tom Sawyer, par Mark Twain, Penguin Popular Classics, 221 pages (écrites en tout petit, n'oublions pas que nous sommes chez le Pingouin), 3 euros environ

Anthony Hope, The Prisoner of Zenda

Chers Amis du Potager,

The Prisoner of Zenda est un court roman d'aventures paru en 1894 (et édité chez mon ami le Pingouin pour moins de 3 €).

Le jeune Rudolf Rassendyll a hérité, d'une ancêtre à la cuisse légère, la chevelure rousse et le long nez des Elphberg, famille régnante de Ruritanie. Ce qui met sa belle-soeur en rage, en plus de sa propension à l'indolence. 

Avant de s'engager dans une carrière qui ne lui convient guère, Rudolf décide de partir pour la Ruritanie, où son cousin éloigné, le prince Rudolf, va être couronné, à la grande joie de sa cousine, la princesse Flavia, mais au grand désespoir de son demi-frère, Michael, le duc de Strelsau.

 Et il se trouve que Rudolf ressemble comme deux goutte de vodka à son cousin Rudolf. Et voilà que le cousin Rudolf, le prince, est enlevé par son machiavélique demi-frère, à la veille de son couronnement, et emprisonné dans la forteresse de Zenda. Et, du coup, notre Rudolf se retrouve à prendre sa place, pour sauver le royaume.

S'en suit nombres d'aventures, dans la plus belle veine de la fin du XIXe siècle, avec histoire d'amour, héros bondissant, chevauchées dans la forêt ruritanienne, embuscades, coups de feu dans la nuit, traître,... C'est parfois un tantinet rocambolesque (un peu trop pour la crédibilité? Peut-être, mais who cares?). Mais c'est vite lu, tant l'histoire est prenante et bondissante.

Bref, si vous voulez savoir ce qu'il advient des deux Rudolf...

Miss Pumpkin

The Prisoner of Zenda, par Anthony Hope, Penguin Popular Classics, 140 pages (écrites en petits caractères, hein, comme d'hab'), 2,90 euros.

Virginia Woolf, Selected Short Stories

Chers Amis du Potager,

J'avoue une affection particulière pour les nouvelles, un art difficile car la brièveté ne doit pas se résumer à du vent, et qu'il faut dire beaucoup en peu de mots (du coup, j'aime aussi beaucoup haiku et waka, mais nous y reviendrons sans doute...).

Virginia Woolf, qui peut faire peur (enfin, d'après Liz Taylor...) est une très bonne plume, qui a su justement saisir l'essence de la nouvelle.

Ce recueil établi par mon ami le Pingouin le démontre parfaitement. Chacune est spéciale, dans son thème, dans sa longueur (certaines tiennent sur une page : un exploit), mais toujours avec cette langueur mélancolique et parfois étrange. Le malaise est parfois présent, mais induit à dessein. Le style est parfait, précis, à la fois poétique et cruel.

Ma prescription ? Une nouvelle chaque soir. Pour laisser le charme se développer dans la nuit.

Miss Pumpkin

Selectef short stories of Virginia Woolf, Penguin Modern Classics, 124 pages, environ 10 euros

Oscar Wilde, The Complete Short Stories

Chers Amis du Potager (en friches, shame on me!)

Les fêtes de fin d'année ayant eu un effet délétère sur ma petite personne (en bref : une grosse flemme), je vous présente mes meilleurs voeux pour 2011 (le mois de janvier n'est pas encore fini, j'ai encore le temps, ahem).

Voici donc les articles consacrés à mes dernières lectures (re-ahem, certaines remontent à un mois et demi...). Et pour redémarrer en beauté, quoi de mieux que le Dandy parfait, Oscar Wilde?

Ce recueil, qui réunit l'ensemble de ses contes et nouvelles, regroupe des contes pour enfants (the happy prince and other tales), des contes fantastiques (the Canterville ghost), des nouvelles pour adultes (the portrait of W.H.) et des poèmes en prose.

C'est intelligent, brillant, alternant humour et poésie. Bref, c'est du Oscar Wilde comme on l'aime. Les contes, accessibles aux pitchounes, ont en outre l'avantage d'initier les jeunes lecteurs à ce grand auteur, qui devrait pas la suite faire leurs délices avec ses romans et ses pièces. Et aux oeuvres dérivées, telles les polars de Gyles Brandreth dont Oscar est le héros (publiés chez 10/18).

Un peu d'élégance (fût-elle teintée de cruauté), qui offre un réconfort aux vulgarités de ce bas monde.

Miss Pumpkin

The Complete Short Stories of Oscar Wilde, Oxford World's Classics, 250 pages, 9,90 euros

vendredi 17 décembre 2010

Simon Tofield : Simon's Cat tome 2 - Beyond the fence

Chers Amis du Potager, 

Voici le deuxième tome des aventures du chat de Simon.

Notre gourmand, paresseux, calamiteux matou, suite à un bain qui ne s'est pas bien passé (les chats n'aiment pas l'eau, c'est connu), décide de franchir la barrière qui clôt son jardin et de découvrir le monde.

S'en suivent des aventures avec des hérissons, des oiseaux, des souris, des hérons, des loutres, du bétail, de la volaille, des lapins (beaucoup de lapins) dans la riante campagne anglaise.

La débrouille n'étant pas le fort de notre chat de salon, il va devoir faire preuve d'ingéniosité et coopérer avec les ethnies locales pour se sustenter. Comme par exemple tenter une approche auprès d'une vache pour obtenir une lichette de lait.

C'est toujours aussi fin, aussi pertinent. Certaines attitudes du chat sont particulièrement représentatives de ses congénères. Et c'est hilarant : imaginez un hérisson qui organise un dîner aux chandelles pour un cactus, ça vous donnera une petite idée !

Sans compter que le coup de crayon de Simon Tofield est toujours aussi brillant.

Et pour ceux qui ignoreraient encore qui est le chat de Simon : www.simonscat.com

Miss Pumpkin

PS : oui, je sais, c'est classé dans lire en v.o. même si les aventures du chat sont toujours sans paroles. On a les petites satisfactions que l'on peut.

Simon's Cat - Beyond the Fence, par Simon Tofield, éditions Canongate

dimanche 5 décembre 2010

Neil Gaiman, The Graveyard Book

Chers Amis du Potager,

Ce roman de Neil Gaiman (le papa de Coraline) est absolument épatant.

Il débute fort agréablement par l'assassinat de toute une famille par le Jack, à l'exception du bébé de 18 mois à l'esprit aventureux, qui a choisi ce moment pour s'évader de son berceau et remonter la colline vers le vieux cimetière. Là, les fantômes et Silas, locataires de lieux, vont prendre le nourrisson sous leurs ailes, lui offrir la liberté du cimetière et le protéger du Jack, bien décidé à finir le travail. Et le bambin, adopté par Monsieur et Madame Owens, décédés sans enfants, est baptisé Nobody, Bod pour les intimes.

Le récit se découpe au gré des aventures de Nobody Owens, qui grandit à chaque chapitre. Découverte dans le cimetière, rencontre avec ses habitants, tous plus farfelus et attachants les uns que les autres : Liza la sorcière, un peu chipie sur les bords, Mademoiselle Lupescu préceptrice pleine de ressources, Scarlett la jeune fille "de la vraie vie". Et Silas le mystérieux gardien de Nobody.

Ce récit, bourré d'humour et d'aventures, est absolument haletant, mêlant étude de moeurs "tim-burtonesque" et thriller fantastique. Nobody Owens est un môme adorable, curieux et intelligent.

A recommander impérativement.

Miss Pumpkin

The Graveyard Book, par Neil Gaiman, Bloomsbury, 289 pages, environ 8 €

Anne Brontë, Agnes Grey

Chers Amis du Potager,

Moi qui avais inaugurer le blog en fustigeant Emily Jane, vous serez ravis d'apprendre que j'adore ses soeurettes, Anne et Charlotte. Anne, en l'occurrence.

Dans ce roman publié en 1846, Agnes Grey décide de s''employer comme gouvernante, afin d'aider ses parents, ruiné par une spéculation malheureuse. Vive, intelligente et volontaire, Agnes souffre sans doute également d'une certaine naïveté.

Parce qu'elle espère toujours que cela va bien se passer, alors qu'il faut bien avouer que les familles chez lesquelles elle va officier sont particulièrement pénibles. Et puis, il y a la romance naissante, rougissante et bredouillante.

Au delà des aventures d'Agnes avec sa marmaille à éduquer, on découvre un portrait assez vitriolesque de la bourgeoisie campagnarde, dont on ne sait s'il on doit en rire ou en pleurer.


Mais l'histoire est particulièrement touchante, bien écrite, avec de jolis sentiments sans virer dans la guimauve, écrite avec élégance. L'optimisme d'Agnes est communicatif, elle ne se laisse jamais abattre, quoique les circonstances soient parfois liguées contre elle, l'humour est bien présent, par petites touches (il ne faut pas confondre les soeurs Brontë et l'almanach Vermot).

A noter, l'importance de la nature, du paysage anglais et l'attention portée aux animaux, thèmes naissants à l'époque victorienne.

De quoi passer un moment fort agréable.

Miss Pumpkin

Agnes Grey, par Anne BRONTË, Penguin Popular Classics, 302 pages, 3 € environ

George Bernard Shaw, Pygmalion / Caesar and Cleopatra

Chers Amis du Potager,

Voici deux pièces de théâtre de George Bernard Shaw, prix Nobel de littérature en 1925 (désolée pour l'absence de photos, mon ami le Pingouin a des ratés).

Tout d'abord, Pygmalion, où comment Henry Higgins, "phoneticist", c'est-à-dire à la fois spécialiste des accents et orthophoniste, décide, suite à un pari, de transformer Eliza Doolittle, jeune vendeuse de fleurs aux manières populaires et à l'accent cockney à couper au couteau, en une vraie lady et de la produire à une réception à l'ambassade.

Vous aurez bien entendu reconnu le pitch de My fair Lady, avec Audrey Hepburn, film musical tiré de la pièce de Shaw.

C'est drôle et cruel à la fois, Higgins s'ingéniant à enseigner les bonnes manières à Eliza, alors qu'il en est lui même naturellement dépourvu, son caractère de cochon (pardon, Porcinet), qui ne sait que blesser Eliza, et qui le blesse un peu lui-même. Eliza, elle, est la vivacité incarnée. Son langage est aussi fleuri que les violettes de son panier, ses braillements sont célèbres. Mais, au final, elle fait sans doute montre de plus de dignité et de réalisme que Henry.

Les thèses féministes de Shaw sont bien présentes, au-delà de la drôlerie des situations et de la saveur des dialogues. A lire, d'urgence, avant de revoir le film.

Ensuite, Caesar and Cleopatra, où un César vieillissant et philosophe, rencontre une Cléopâtre adolescente, puérile et cruelle. Les superstitions locales sont présentées sous un jour très ironiques, le situations prêtent souvent à rire, même si une certaine mélancolie empreint le tout. Sans doute à mi-chemin entre la comédie pure et la tragi-comédie.

A noter que le personnage de Britannus permet d'instiller une touche d'anachronisme drôlatique bien venu. Et le sens politique de César introduit une critique de la politique contemporaine qui apporte un relief particulier à la pièce.

Bref, George, c'est trop la classe. Ah, les Irlandais...

Miss Pumpkin

Caesar and Cleopatra, et Pygmalion, par George Bernard SHAW, Penguin Classics, 113 et 105 pages, 9,10 euros chacun

vendredi 3 décembre 2010

Anna Sewell, Black Beauty

Chers Amis du Potager,

Le Pingouin aime les animaux. C'est pourquoi Black Beauty compte au nombre de ses classiques.

Dans ce roman à la première personne, Black Beauty, un bel étalon noir, nous raconte sa vie, du pré où il a grandi avec Duchess sa mère, jusqu'à la retraite, en passant par les mains de divers maîtres, plus ou moins bien intentionnés, plus ou moins capables de prendre soin d'un cheval de ce prix.

C'est un récit, d'une certaine façon, très dur, surtout si comme moi vous aimez les bêtes, les petites comme les grosses. Et c'était le but d'Anna Sewell, en écrivant cet ouvrage, alors qu'elle était très malade et craignait de ne pas pouvoir assister à sa publication. D'ailleurs, la maladie l'a emportée 5 mois après publication.

Cet ouvrage est un manifeste en faveur du bon traitement des animaux. Mais, sans en avoir le côté pédant, dit du Schtroumpf à lunettes. Une très bonne façon d'aborder la question avec les enfants. Black Beauty se plaint certes des mauvais traitements qu'on lui fait subir, mais sans haine, ni acrimonie. Il essaie d'ailleurs toujours de garder le moral, malgré les épreuves, et l'espoir.

Et au delà de la pédagogie, c'est également une histoire très touchante et rédigée avec beaucoup d'élégance et de finesse, sans oublier une pointe de poésie et d'humour.

Un très joli conte.

Miss Pumpkin

Black Beauty, par Anna Sewell, Penguin Popular Classics, 213 pages, environ 3 €